Au Brésil, le gouvernement fait le choix des partenariats pour l'accès aux médicaments
(Le Monde - 30 mars 2016)
Seize ans après la bataille menée au Brésil, en Afrique du Sud ou en Thaïlande pour l'accès aux trithérapies face à la pandémie du virus de l'immunodéficience humaine (VIH/sida), le rapport de force a nettement évolué face à l'industrie. Une tendance qui s'explique par une pression moins forte de la société civile, mais aussi par la priorité donnée aux partenariats avec les industriels. Au Brésil notamment, les autorités ont multiplié ces dernières années les partenariats pour le développement productif (PDP), qui permettent un transfert de technologie des groupes internationaux vers les sociétés locales. Ce type d'accord concerne des médicaments jugés prioritaires par le gouvernement. Le système unique de santé (SUS) achète en grandes quantités les médicaments élaborés dans ce cadre, sans appel d'offres, à un prix inférieur aux médicaments importés. Outre l'accès privilégié au marché brésilien, l'entreprise étrangère bénéficie d'exonérations fiscales et de financements publics. Plus d'une centaine de partenariats ont été signés. "C'est ce type d'accord qui a été signé en 2009 avec GlaxoSmithKline - GSK - pour le vaccin contre le pneumocoque", précise Felipe Carvalho, de Médecins sans frontières (MSF). "Le Brésil n'achète donc pas celui de la société concurrente, Pfizer, et produit uniquement pour le marché national". Mais un front reste actif contre les brevets pharmaceutiques. Depuis des années, un projet de réforme assouplissant la loi de 1996 au bénéfice de la santé publique est en gestation. La députée PT (Parti des travailleurs) du district fédéral (Brasilia), Erika Kokay, en déplore l'enlisement alors que "le projet prévoit de limiter la durée des brevets et d'éviter leur prolongation abusive".

